Rien de nouveau depuis ces 12 dernières années, cependant je refais un article résumé pour les lecteurs ayant des interrogations sur le Quantitative easing ( QE ) ou assouplissement monétaire / quantitatif.

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Définition :

    On parle le QE3 puisque depuis 2007, il y a déjà le 1° QE puis le 2° QE responsables à chaque fois d'un rebond des marchés action et des matières premières ( 50% pour QE1 et 30 % pour QE2 ). Pourquoi ?

    A l'heure actuelle le monde entier est endetté, depuis les Etats, jusqu'aux consommateurs, en passant par les banques commerciales et les entreprises. Le pire c'est que du fait de la récession, tous les acteurs sont au mieux de moins en moins capables de rembourser leurs dettes, ou au pire de plus en plus obligés de s'endetter davantage pour rembourser leurs dettes ( notamment les Etats ). En fait il y a une incapacité généralisée à rembourser la dette. Faire de l'austérité a pour conséquence d'aggraver la récession, donc de diminuer les recettes, et donc d'annihiler les capacités de remboursement de la dette.

    Au bout du compte, c'est le défaut de paiement qui s'annonce, c'est à dire l'aveu de l'incapacité à rembourser, et finalement le non-remboursement des dettes. A ce moment-là, des milliers de milliards disparaîtraient purement et simplement. La masse monétaire chuterait d'autant. Comme l'essentiel de la masse monétaire actuelle est fictive ( des chiffres sur des comptes informatiques ), il n'y aurait plus d'argent en circulation et les comptes seraient négatifs. Par conséquent les prix chuteraient. Il y aurait incapacité à payer les dettes, les retraites, les allocations, etc. C'est ce qu'on appele une déflation monétaire ( baisse de la masse monétaire ), et elle est en général responsable d'une baisse des prix ( "déflation des prix", terme impropre ).

    Dans ce scénario, les banques commerciales feraient faillite, et bloqueraient les comptes de leurs clients qui seraient donc aussi ruinés. C'est ce qu'on appelle la banqueroute ( bankrun ). Vous comprenez aisément à quel point la situation serait dramatique : toute valeur disparaîtrait. La consommation chuterait, les chiffres d'affaire et les bénéfices des entreprises chuteraient, les recettes des Etats chuteraient, etc...

    Le QE revient à créer de la monnaie. Par le passé il s'agissait d'imprimer des billets. Aujourd'hui les billets ne sont qu'une infime partie de la masse monétaire. La monnaie est désormais essentiellement virtuelle : des chiffres sur des comptes informatiques. Peu importe où l'argent est placé ( obligations et autres prêts, actions, produits dérivés...), il n'existe presque que sous forme virtuelle, informatique.

    En fait le QE consiste à augmenter la masse monétaire, à émettre de la monnaie. Par exemple on peut baisser les taux d'intérêt. Plus les taux sont bas, plus les intervenants empruntent. L'argent prêté n'existe pas réellement, il n'est qu'un chiffre informatique. En effet, les banques ne prêtent pas de l'argent qu'elles ont. Elles ont des fonds de réserve, investis d'ailleurs dans certains actifs plus ou moins risqués. Elles prêtent des montants bien supérieurs à ce qu'elles possèdent ( c'est de l'effet de levier ). Un autre exemple est quand une banque centrale rachète des actifs pourris ( junk bonds ) à une banque commerciale, ou achète des obligations à un Etat, sachant que ces actifs seront dévalués ou que les obligations ne seront pas ou peu remboursées, etc. Je ne fais que résumer car cela peut paraître complexe pour de nombreux lecteurs. Mais peu importe : il existe beaucoup de manières de créer de la monnaie, qui peuvent paraître absurdes ou dangereuses ou compliquées. Le résultat est que la quantité de monnaie ( la masse monétaire ) augmente.


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Conséquences :

    Là je vais être obligé de compliquer l'explication. Effectivement nous sommes dans une période où la monnaie créée n'est pas en totalité injectée sur les marchés. Une grosse partie de cette monnaie sert à éponger les dettes, donc à éviter la faillite pour des banques, des entreprises, des Etats. Par conséquent la monnaie, aussitôt créée part dans la "trappe à liquidités" = le remboursement de la dette. C'est important car si la monnaie était injectée dans les marchés, elle serait placée dans l'ensemble des actifs. L'afflux de liquidité ferait monter les prix des actifs ( l'augmentation de la masse monétaire est l'inflation monétaire, et elle est en général responsable d'une augmentation des prix, c'est "l'inflation des prix", ce terme étant impropre ). Or comme la monnaie nouvellement créée part en grosse partie dans le remboursement des dettes, et très peu dans les actifs, il n'y a actuellement pas beaucoup d'inflation.

    Toutefois il y a deux résultantes. Tout d'abord le monde se rend compte que la monnaie a de moins en moins de valeur puisqu'elle est créée en fonction des besoins, par simple décision des banques centrales, en quelques clics de souris. Donc le monde perd confiance dans cette monnaie. Donc la valeur de cette monnaie diminue. D'autre part, en dépit du fait que cette méthode n'engendre pas de croissance - et ce n'est pas le but -, elle permet de sauver les banques, les entreprises, les Etats et même les particuliers endettés. Sans cette injection de monnaie personne ne pourrait rembourser ses dettes puisque l'argent pour les rembourser n'existe de toutes façons pas ! Cela peut paraître surprenant mais ces dernières décennies, l'argent a été prêté aveuglément à tel point que la dette totale dépasse largement la richesse totale. Certains chiffres disent que la dette mondiale par exemple est 3 fois plus grande que le PIB mondial, ou que l'endettement PUBLIC du Japon est presque 200 % de son PIB, etc... Les banques avaient "oublié" que l'argent pour rembourser la dette n'existait pas... La solution est donc de le créer.

    Le monde est donc dans un marasme où l'objectif est de rembourser la dette en injectant massivement des liquidités. Ce n'est que dans fort longtemps, lorsque la dette sera remboursée que l'on pourra s'intéresser à la croissance, à l'emploi, etc... Néanmoins à ce moment là les investisseurs les plus avisés auront compris le manège des banques centrales et se méfieront de leurs monnaies. L'explication est simple : plus une monnaie est abondante, moins elle a de valeur. S'il suffit d'une décision de banque pour créer de la monnaie en quantité astronomique, cela prouve que cette monnaie a peu de valeur. Ces investisseurs préfèreront acheter de l'or puisque c'est une monnaie mais que sa quantité reste stable ( augmentation faible de 1 ou 2 % par an ) alors que dans le même temps la quantité d'euros ou dollars flambe. Cela a déjà commencé pour les intervenants les moins endettés ( par exemple Chine, Inde, mais aussi particuliers aisés en Occident ). Il faut comprendre qu'en fait ce n'est pas l'or qui monte, ce sont les euros et les dollars qui baissent !

    En somme nous vivons une déflation ( les liquités se perdent dans le remboursement des dettes faramineuses ), mais elle est combattue par les banques centrales, qui créent autant de monnaie que nécessaire pour éviter cette déflation, avec comme conséquence une dévaluation progressive des monnaies. En dépit de cette déflation, les prix montent un peu car la déflation est combattue par des dévaluations monétaires.

    L'argument des banques est de dire "regardez il n'y a pas d'inflation", parce la masse monétaire pour l'instant est absorbée par le remboursement des dettes. Mais que se passera t'il lorsque les dettes seront remboursées, ou du moins lorsque les intervenants cesseront de rembourser leurs dettes, voire - si rien n'est changé - recommencent à s'endetter ? Cela peut paraître amusant mais à l'heure actuelle ce qu'on propose aux Etats en difficulté c'est de s'endetter encore, et plus le temps passe, plus les capacités de remboursement diminuent ( voir l'Espagne, la Grèce,... ). En plus, lorsque des liquidités sont injectées, certains intervenants judicieux les placent dans des actifs sûrs ( les matières premières ) soutenant leurs cours.

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Limites :

    Le système fonctionne tant que les intervenants continuent à accepter cette monnaie que les banques centrales créent à volonté. Il y a t'il une faille ?

    Tout d'abord, plus les liquidités affluent, plus il y a d'investisseurs avec un budget bien géré qui se retrouvent avec des liquidités, des capacités d'emprunt importantes, surtout que les taux d'intérêt sont bas. Où vont-ils investir ? Il n'y a pas de croissance en Occident donc les actions occidentales sont risquées. Le remboursement des dettes pose problème et les taux d'intérêt sont faibles, donc les obligations sont risquées et peu rentables. La monnaie est créée ex nihilo, donc les monnaies sont graduellement dévalorisées et peu rentables. Il reste les matières premières pour lesquelles la demande augmente, les réserves diminuent et la production stagne. Les investisseurs vont placer peu à peu leurs liquidités sur les matières premières. Ils peuvent aussi tenter de tirer profit de la croissance des pays "émergeants" en y investissant, ce qui créé un flux de liquidités vers ces pays ( du coup les liquidités quittent l'occident ce qui n'arrange pas la situation ). Ces investissements augmentent l'inflation dans les pays émergents ( hausse des actions, de l'immobilier, des matières premières,... ).

   Ensuite s'il existait une monnaie stable, c'est à dire dont la quantité est stable et ne peut pas exploser subitement, et donc que l'on ne peut pas dévaloriser, l'ensemble des intervenants préfèreraient avoir cette monnaie plutôt que les autres. Or il en existe une : l'or et son acolyte l'argent. Ces matières premières sont des métaux précieux et ont été utilisés depuis des lustres comme des monnaies. Ce n'est pas pour rien que la plupart des banques centrales en possèdent dans leurs coffres.

   De plus, les métaux précieux en général restent bon marché. En effet, depuis des décennies leurs cours ont peu augmenté en comparaison des autres actifs et de la masse monétaire. En d'autres termes ces métaux ont peu profité de la hausse de la masse monétaire qui dure depuis des décennies. Les actions par exemple ont au contraire beaucoup profité de l'augmentation de la masse monétaire. Ainsi historiquement le dow jones ( djia ) est 2 à 5 fois plus cher que l'once d'or. En dépit des turbulences sur les actions et de la hausse de l'or, le rapport reste à 7.8. Techniquement, ce rapport devrait retourner à 2 au moins temporairement. Cela signifie que l'or devrait valoir quatre fois plus afin de rattraper son retard. Quant à l'argent, au minimum il devrait valoir 1/16 du prix de l'or ( pour certains le rapport serait 1/5 voire 1/1, donc je prends le rapport le plus pessimiste ). Il vaut actuellement 1/51 de l'or. Au final l'argent devrait valoir environ 13 fois plus afin de rattraper son retard.

   Enfin il faut considérer que l'or est une monnaie. Toute monnaie étatique tire sa valeur de l'économie du pays qui l'utilise. Or l'Europe et en récession, elle est surendettée, et a de plus en plus de mal à rembourser ses dettes. L'Europe peut théoriquement se disloquer. L'euro paraît donc survalorisé. Pour les USA, idem : surendettement, et récession. En outre il y a une euphorie sur le dollar, les marchés croyant ou faisant croire que le dollar est une valeur refuge contre la crise. Mais le dollar est survalorisé. Ces deux monnaies, comme d'autres ( le yen , le yuang... ) seront dévalorisées car elles sont actuellement survalorisées, ce qui aggrave d'ailleurs la situation économique. Par contre on connaît la valeur de l'or ( il faut de l'essence, des machines, du travail pour le trouver, l'extraire et le raffiner ). L'or est la seule monnaie qui n'est pas survalorisée et qui ne peut pas être dévalorisée.

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Examinons les conséquences à long terme du QE3.

    Les taux d'intérêt bas permettent davantage de se réendetter à taux faible que d'investir, mais tant que le taux d'intérêt de la dette reste inférieur au taux de croissance, cette opération n'est pas rentable. En outre plus le montant de la dette augmente, plus cette opération est dangereuse car le montant des intérêts croît aussi.

    Le rachat des actifs pourris permet d'améliorer la santé des banques commerciales au détriment de celle des banques centrales. Les banques centrales créent de la monnaie pour acheter des actifs qui ne valent rien. Cela soutient les intervenants ayant spéculé bêtement et punit les investisseurs étant restés sages. On soutient l'erreur et on punit la sagesse.

    L'achat d'obligations permet de soutenir les intervenants surendettés. Mais qui achète ? Il est difficile d'analyser tous les accords passés, présents et à venir, mais il est clair qu'en dernier recours, ce sont les fonds des citoyens qui servent de garantie. Par conséquent, c'est le citoyen qui doit payer, sous prétexte de stabilité du système, et donc sous prétexte que tout est fait pour son propre intérêt...

    Le terme de cette opération idéalement serait que les banques commerciales n'aient plus d'actifs sans valeur mais de la monnaie ( valeur plus sûre ). A ce moment-là, les banques pourront recommencer à prêter ce qui engendrera une augmentation de la masse monétaire. Le second objectif serait que les sommes injectées alimentent les grosses entreprises ( BTP par exemple ). Ces grosses entreprises seraient soutenues, comme leurs chiffres d'affaire, ou leurs bénéfices. Mais le contribuable serait chargé de rembourser la dette. En outre soutenir l'activité soutient les prix, et les liquidités injectées dans les grosses entreprises sont encore une augmentation de la masse monétaire. Le troisième objectif est de prêter aux Etats seulement pour qu'elles remboursent leurs dettes. Les Etats faisant de l'austérité, ils ne redistribuent pas beaucoup les liquidités. Par contre les sommes que paient les Etats ( en empruntant ) retournent aux banques prêteuses. On sauve les banques commerciales mais pas les Etats ( et pas non plus les contribuables )... Puis où vont les liquidités ? Pour l'instant elles sont conservées par les banques commerciales pour améliorer leurs ratios d'endettement, mais ensuite ? Elles ne disparaissent pas tant que les Etats sont sauvés par les plans de sauvetage et remboursent leurs dettes. En fait les liquidités ne peuvent pas disparaître car les banques commerciales prêtent des montants 3 à 5 fois ( difficile à savoir en pratique ) supérieurs à ceux que leur prêtent les banques centrales et à des taux bien élevés que ceux auxquels leurs prêtent les banques centrales. Les banques commerciales sont donc obligatoirement gagnantes. Les deux problèmes qui se poseraient si les banques centrales cessaient leur QE seraient que les ratios d'endettement des banques exploseraient ( augmentant le risque financier des banques commerciales mais ne signifiant pas pour autant la faillite des banques sauf obligation légale de réduire leur ratio comme c'est actuellement le cas ), et que les banques ne prêteraient plus ( credit crunch ) et seraient dans l'impossibilité de se faire rembourser les montants prêtés ( du fait de la contraction brutale de la masse monétaire, ce qui de toute évidence n'arrivera pas en pratique ). Par conséquent le risque pour les banques commerciales est théorique mais en pratique tant que le QE se poursuit les banques devraient faire du profit. Autre conséquence : si les liquidités ne disparaissent pas, elles d'accumulent...

   Qu'adviendra t'il des Etats ( et des contribuables ) ? Ils s'endettent pour rembourser leurs dettes. On leur impose de l'austérité pour que la vitesse d'accroissement de la dette ralentisse, ce qui ne fonctionne pas, mais au final, il deviendra évident que la dette sera irremboursable. Or le marché le sait, donc qui leur prête de largent avec un risque immense de ne pas être remboursé ou alors en monnaie de singe ( dévaluée ) ? Le marché accepterait de prêter mais à des taux intéressants ( élevés ou au moins supérieurs à l'inflation réelle ) compte tenu du risque. Personne ne prêterait à 1 % si le risque est fort, mais prêter à 15 % serait tentant. Or avec des taux d'intérêts à 15 %, les intervenants ne pourraient plus s'endetter, plus rembourser leurs dettes. Qui donc prête à 1 % ou 0 % ? Ce sont les banques centrales ! Si les taux venaient à remonter - par exemple s'il arrivait que les banques centrales ne soient plus capables de prêter du fait de leur propre surendettement, si l'inflation flambait - au bout d'un délai plus ou moins longs, alors la valeur des obligations chuterait ( car lorsque les taux montent, la valeur des obligations à taux plus faibles baisse ). Ce scénario est sans doute connu et anticipé : les gouvernements ( le FMI ) donneront les moyens aux banques centrales de prêter indéfiniment quelle que soit leur situation budgétaire. A terme les banques centrales seront toutes ruinées. Mais on ne leur demandera pas de rembourser, laissant ainsi la masse monétaire qu'elles ont créé sur les marchés. Ensuite je dirai qu'on s'arrangera pour les laisser endettées car elles seront beaucoup plus influençables et contrôlables ainsi, et ce sera un moyen de pression supplémentaire sur le peuple. Probablement que ces banques finiront par fusionner.

à suivre