En lisant cet article ( http://kingworldnews.com/kingworldnews/KWN_DailyWeb/Entries/2014/7/3_Global_Debt_A_Shocking_$280_Trillion,_$200_Oil_%26_Total_Collapse.html ) m'est venue cette réflexion :

J'entends régulièrement dire que l'euro fort est la cause de la croissance faible dans la zone euro. J'ai des doutes...

Déjà, il faut savoir que presque tout le monde trouve sa monnaie trop forte : les Européens, les Américains, les Australiens, les Japonais, les Chinois et même les Suisses. Depuis des années, chacun essaie, à son rythme, à sa façon, de limiter la hausse de sa devise voire de la dévaluer. Le problème est donc bien plus global... Dans un contexte de panne de la consommation succédant à un surendettement massif, la croissance ralentit inévitablement et les devises deviennent des instruments de concurrence. Chaque pays essaie de dévaluer sa monnaie afin de rendre son industrie plus compétitive, à croire que le pays qui dévaluera le plus s'en sortira le mieux. C'est un cercle vicieux.

Précisons ici, que le problème de l'euro n'est pas tant son niveau, que l'opposition à l'intérieur même de l'Europe sur la politique monétaire à mener. Certains pays, dont l'Allemagne souhaitent un euro fort. L'europe du sud souhaite un euro faible. Mais je ne reparlerai pas de ce sujet.

Pour savoir ce que vaut l'euro, il faut savoir sur quoi il repose. C'est valable d'ailleurs pour toutes les devises. Or quand on pose la question, peu de gens savent répondre. Au début du XX° siècle, c'était simple, la valeur d'une monnaie reposait sur les stocks d'or et d'argent ( l'or servait d'étalon et les monnaies étaient convertibles en or ), mais ce n'est plus le cas. Ensuite les devises ont été assimilées à une forme de reconnaissance de dette ( une sorte d'obligation d'Etat ). Néanmoins la plupart des pays occidentaux ainsi que le Japon se sont surendettés ( je ne parle pas de la Chine car sa situation économique est floue, et les statistiques publiées sont douteuses ). Que vaut donc une reconnaissance de dette d'un pays surendetté et vraisemblablement en incapacité de rembourser sa dette ? Réponse : pas grand chose et plus le temps passe, plus la dette augmente, moins la croissance réelle ( corrigée de l'inflation ) est forte, donc moins la devise a de valeur.

C'est donc là le vrai souci, la plupart des devises sont surévaluées car la croissance diminue et la dette augmente. Les banques centrales essaient de diminuer le cours des devises en tentant d'augmenter la masse monétaire quel qu'en soit le moyen. Cela ne se voit pas puisqu'elles agissent de concert.

Au final les devises reposent sur du vent : une certaine confiance soutenue par des promesses de croissance, de réduction du déficit, etc. Faire baisser l'euro est un leurre. Comment le faire baisser d'ailleurs ? Les taux d'intérêt sont ridiculement bas... Faire marcher la planche à billets ? Racheter les obligations pourries des banques commerciales ( et par là-même nationaliser les pertes ) pour les inciter à produire des liquidités qu'elles ne possèdent pas par l'intermédiaire de prêts ? Mais prêter à qui, pour quoi ? Pis : imaginons que l'on parvienne à faire baisser l'euro. Immédiatement les Japonais feront baisser leur yen ( ils le font déjà ) et les Américains feront baisser le dollar...

Actuellement la valeur des devises repose sur l'OFFRE ET LA DEMANDE. Le système fonctionne tant qu'il y a de la demande. C'est d'ailleurs cette demande favorisée par le négoce des matières premières en dollars qui par le passé a soutenu le dollar. C'est encore le cas, mais il n'est pas certain que cela continue indéfiniment ( il suffit pour s'en assurer de voir ce qui se passe en Russie, en Chine et au Moyen-Orient ). Qui peut savoir si cette demande se poursuivra ? Sur quoi repose cette demande ? Sur la confiance ( et sur la puissance militaire américaine ), c'est bien peu. Imaginons que le marché perde confiance, qu'adviendra t'il de cette demande ?... De l'autre côté, l'offre de devises augmente grâce à l'action des banques centrales...

La valeur d'une devise ne devrait pas être une question de choix politique par les temps qui courrent, mais seulement un ajustement de la devise à sa valeur intrinsèque ( elle n'en a pas car elle n'est pas convertible en bien tangible comme l'or, et les Etats sont surdendettés ). Si la devise s'ajustait à l'endettement, et donc aux perspectives de croissance, ce serait tout simplement le désastre. L'euro baissera dans un contexte de baisse globale des devises parce toutes les devises actuelles ne reposent sur rien. Les devises sont soutenues par une confiance aveugle des marchés en ces devises mais les devises devront s'ajuster à la situation économique de chaque région économique et ce sera tout simplement catastrophique.

En outre, pour être exhaustif, je rappelle que le seul intérêt d'une dévaluation de l'euro, grâce par exemple à la planche à billets ( aujourd'hui électronique ) serait de faciliter le remboursement des dettes libellées en euros.

A ce stade, on pourra dire que les Allemands ont eu tort parce que leur souhait d'euro fort est tout simplement utopique voire irréel compte tenu de la situation économique européenne et mondiale.