Si après ce que je vais expliquer et après ce que j'avais écrit sur le QE3 ( http://lettredamien.canalblog.com/archives/2012/09/20/25149380.html ), des personnes ne comprennent toujours pas les conséquences du quantitative easing, je sombrerai dans le désespoir !

Le terme assouplissement quantitatif, traduction de l'anglais quantitative easing, désigne un type de politique monétaire dit « non conventionnel » auquel peuvent avoir recours les banques centrales dans des circonstances économiques exceptionnelles, telles que des crises économiques et financières de grande ampleur. Le caractère non conventionnel de ces politiques tient au fait que les banques centrales qui y ont recours n'utilisent pas ou ne sont plus en mesure d'utiliser les outils traditionnels de politique monétaire que sont la détermination d'un taux directeur, qui lui même détermine le taux d'escompte ou le taux interbancaire et les réserves obligatoires des banques commerciales auprès de la banque centrale, et la manipulation de la masse monétaire au travers d'opérations d'open market. En particulier, l’assouplissement quantitatif consiste généralement en une expansion du bilan de la banque centrale au travers de l'acquisition d'actifs qui peuvent être des titres de créances obligataires, ou des actifs plus risqués comme des dettes dites d'agences, ou des titre adossé à des actifs comme des Mortgage-backed securities. http://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif.

Primo il est évident que cette stratégie soutient certains intervenants de manière injuste ( pourquoi soutenir ceux qui ont fauté en rejetant la faute, donc la facture sur d'autres, en l'occurence les contribuables ? ). Cette philosophie crée un marché spéculatif dans lequel les principaux intervenants ( les banques ) gagnent de l'argent en pratiquant des opérations de court terme ( la semaine ), très court terme ( la journée ), ultra-court terme ( la milli-seconde ), tandis que les opérations d'investissement de long terme sont délaissées, et c'est généralement aux États de s'en préoccuper, quand ils le font et de manière cohérente, ce qui est rarissime.

Certains pensent que ces opérations de quantitative easing ne créent pas d'inflation. On peut effectivement prendre l'exemple du japon, embourbé dans la déflation depuis des décennies. Cependant la première évidence est que la politique d'assouplissement monétaire du Japon a fait monter sa dette à des niveaux tels qu'elle n'est plus remboursable. La question est de savoir comment cette dette sera remboursée. Cette question n'a inquiété personne pendant des décennies jusqu'à l'histoire des subprimes. Cette histoire n'est pas la cause de la crise mais elle en a été le révélateur : les marchés ont commencé à s'inquiéter de la dette. Auparavant personne ne s'en inquiétait comme si elle pouvait augmenter jusqu'au ciel sans souci, et qu'elle serait remboursée tout aussi facilement. L'expérience a montré que ce n'était pas le cas. Et lorsque les marchés cherchent des moyens de rembourser la dette, ils n'en trouvent pas. Des gouvernements africains essayèrent diverses méthodes pour enrayer ce phénomène mais sans succès. Les gouvernements européens se crurent plus malins au sujet de l'Irlande ou de la Grèce mais ils ne réussirent qu'à aggraver le problème du sur-endettement. Un jour certainement, les gouvernements comprendront que la dette n'est pas remboursable et que la dévaluation pure et simple de la monnaie sera indispensable ( le gouvernement américain et la Fed y ont déjà pensé ). Car même dans l'hypothèse du non-remboursement en totalité de la dette ( hypothèse déflationniste impliquant le défaut de paiement des États, donc des faillites bancaires, et donc le blocage des comptes bancaires des déposants ), celle-ci est tellement supérieure à la richesse des États, qu'il faudra quand même créer de la monnaie. Cette création monétaire serait très mal perçue par tous ceux qui en détiennent et qui verraient comme il est facile d'en créer ( il préfèrerait par exemple conserver de l'or ). De surcroît, comme de nos jours la monnaie ne repose sur rien si ce n'est la santé économique des États, je vous laisse imaginer ce que feront les monnaies lorsque ces États seront en défaut de paiement... Quant au quantitative easing, il adviendra que les banques centrales se retrouveront avec des actifs ( achetés aux banques ) sans la moindre valeur, et qu'en retour elles n'obtiendront rien ni des marchés ni des banques, ceux-ci s'étant écroulés. Autrement dit, et c'est essentiel, contrairement à ce que rapportent les banques centrales afin de démontrer que le QE n'est pas inflationniste, rien ne prouve que les actifs achetés aux banques garderont leur valeur, et rien ne prouve que l'argent prêté sera remboursé, bien au contraire. Cet argent aura donc tout bonnement été créé.

En outre, le quantitative easing au Japon s'est déroulé dans une période où les pays émergents montaient en puissance, produisaient des biens de consommation à des prix dérisoires, et par conséquent induisaient une baisse des prix de nombreux produits manufacturés. Actuellement ces pays ont émergés et le prix de leurs produits augmente, tandis que les citoyens de ces pays se mettent à consommer davantage et à importer des biens. La devise des pays émergents s'est évaluée, est devenue plus forte, permettant une certaine concurrence monétaire et un accès plus facile aux biens de consommation. Enfin ces pays se sont enrichis et ont accumulé des richesses et des devises. Par conséquent à l'avenir, les pays émergents seront davantage pourvoyeurs de hausse des prix alors que par le passé ils avaient une action déflationniste sur les prix.

Sur le plan théorique, la relation entre l'inflation et l'assouplissement monétaire est simple : la quantité de biens existants étant stable ( car il n'y a presque plus de croissance, en plus compte tenu de la qualité actuelle des biens de consommation, ces biens se dégradent vite avec le temps, et la valeur de ces biens repose en Occident à 50 ou 75 % sur le prix de la main d'oeuvre dont le coût est très discutable ), et la quantité de monnaie en réserve étant en augmentation rapide, alors il y a davantage de monnaie pour la même quantité de biens, et donc la valeur de la monnaie diminue (  ou la valeur des biens augmente, c'est la même chose ). De même par le passé, la croissance du PIB étant inférieure à la croissance de la masse monétaire, on peut dire que la quantité de biens existants a crû de manière beaucoup plus lente que la quantité de monnaie, ce qui revient à peu près au même.

Par exemple, la masse monétaire M3 comprend les pièces+billets+comptes courants (M1), les livrets et comptes < 2ans (M2), ainsi que les créances et OPCVM ( voir : http://www.les-crises.fr/masse-monetaire-usa ). Voici son évolution dans la zone euro :

data chart

data chart

source : http://sdw.ecb.europa.eu/browse.do?node=2018773

En somme, nous constatons que la masse monétaire totale ( ou M3 ) croît à des taux qui tournent autour de 7% par an. En 2008 et 2010 seulement ce taux a été faiblement négatif, pui il est reparti vers 7%, ce qui est bien plus élevé que le taux de croissance du PIB ( en fait comme j'essayais de l'expliquer précédement, c'est l'augmentation de la masse monétaire qui induit une dévalorisation monétaire et qui donne l'illusion que le PIB augmente, c'est à dire est entraîné par M3, mais même pas aussi rapidement, ce qui est catastrophique : http://lettredamien.canalblog.com/archives/2013/01/15/26163990.html )

 la suite : http://lettredamien.canalblog.com/archives/2013/01/20/26190937.html